Bonjour.  Je m’appelle Jim.  Monsieur Braesch, qu’on appelait Paps dans la famille, était le père de ma femme, Liliane Braesch.  Je suis américain.  Hier, j’ai écrit à mon beau père cette Lettre d’Amérique.

 

Cher Paps,

 

J’ai l’habitude de faire la grace matinee le samedi.  Lorsque je sortais de la chambre à coucher, je voyais que Liliane venait vers moi, les larmes aux yeux.  J’ai demandé: “Tati Jeanne?”  Car la soeur de M. Braesch est depuis quelques mois en train de lutter contre un grave cancer.  Elle sanglotait: “Non … c’est Paps.”

 

Quel choc subit et brutal!  Un monsieur encore vigoureux, qui voyageait à l’étranger autant qu’il se promenait dans les montagnes voisines,  Paps venait d’avoir une attaque d’emboli cérébral.  Il parlait avec difficulté à Liliane pour dire qu’il était paralysé du côté droit.  C’est le côté ou est situé la parole, d’où sa difficulté à parler.  Il était seule à sa grande maison du Rotland, où on adorait le retrouver tous les étés.  De chez nous à New York, Liliane a vite appelé son cousin François Schaeffer, qui est médecin.  Elle a appelé ses frères jumeaux, Jean-Luc et Daniel.  Une operation de sauvetage s’est mise en route.  Liliane, c’est surement la dernière personne à qui Paps a pu parler.  Mais elle n’a pas pu lui sauver la vie.  Personne n’aurait pu le faire – l’hémoragie était massive et definitive.

 

Paps n’a pas du souffrir beaucoup.  La Providence le lui a épargner.  En plus, il avait passé une journée parfaite le jour avant sa mort.  Il s’est promené dans les Vosges qu’il adorait tellement.  C’est le printemps.  Il faisait beau, presque chaud, et les fleurs et les arbres qu’il avait planté avec tant d’amour commençaient à sortir.  En plus, Liliane venait il y a peu de temps de passer une semaine formidable avec lui tout seul à Cannes, où il faisait un temps magnifique aussi.  On aurait dit que tout était prêt, que l’on ne pouvait guère mieux mourir.  En plus, ses enfants ont découvert après sa mort que ce père méticuleux avait laissé tout en ordre pour sa postérité.

 

Mais tout de meme, la mort est un rappel sévère.  Rien ne sera pareil après.  Une époque se termine.  Le dernier des parents Braesch a disparu.  L’absence est permanente.

 

Pour moi, d’origine américaine, Paps était très special.  Pour moi, il représentait la vielle Europe – chose très positive pour moi.  J’ai rencontré ma femme à la fin du moi de juillet à Paris en 1969.  Je devait repartir dans un mois.  Pendant ce temps, je n’ai pas eu le temps de rencontrer ses parents.  Toujours avant que je ne fasse la connaissance des parents, Liliane et moi avons decide de se marier pendant les prochaines vacances de Noël.  Paps n’a posé qu’une seule question à Liliane à propos de son choix d’époux: “Est-il éduqué.”  A vous de juger s’il avait raison, mais pour moi cela signifiait plusieurs choses.  D’abord, malgré que je venait de loin enlever sa seule fille qu’il adorait, il avait ce libéralisme qui faisaient confiance aux enfants et leur guarantissait une independence.  Deuxièmement, il avait des valeurs qui mettaient l’éducation ¾ ce qu’il entendait dans le sens large du terme ¾ qui mettait l’éducation au-dessus de toute autre valeur.  Il n’a pas demandé si jétais riche ou pauvre, juif, protestant ou catholique.

 

En connaissant Paps, je me suis rendu compte que c’était un homme ouvert à la modernité sans être moderne.  Il adorait la musique et il avait une belle chaîne stereo, mais seulement avec des disques classiques.  Il avait la télévision par sattélite, mais il regardait que les nouvelles et des vieux films.  J’avoue que malgré l’installation d’un ordinateur, il était très lent à s’y faire.  C’était assez typique.  C’était un homme reservé, qui ne se précipitait pas, mais un homme sûr, qui ne changeait pas les choses simplement pour les changer, mais seulement lorsque le but était sûr et pratique.

 

Surtout, c’était son amour de la nature qui m’a frappé.  C’était un amour qui voulait conserver la nature pour mieux l’apprécier.  Avec cela j’étais entièrement d’accord.  Je m’émerveillais face à sa connaissance intime de l’Alsace, de l’histoire régionale et de ses monuments.  Surtout il connaissait la géographie et le terrain Alsacien, au point ou il pouvait décrire le moindre petit chemin de balade dans quel coin que ce soit.

 

Depuis cette rencontre, moi aussi j’adore l’Alsace.  Vous me verrez en train de me promener dans les vignes tous les étés.  Vous me verrez en train de me goinfrer de tartes flambées, de kugelopfs ou de tourtes.  Mais revenir en Alsace cette fois pour enterrer mon beau père, m’a fait une autre révelation supplémentaire.

 

Paps, votre absence dans votre maison m’a fait rendre compte que L’Alsace, c’est chez moi aussi.  Je me sens à la maison en Alsace.  C’est à dire que votre absence m’a donné l’occasion d’réfléchir de plus près à la place que vous avez tenue dans ma vie.  Au fait, je me rends compte que je ne suis plus le garcon qui a tout d’un coup enlevé votre fille il y a 34 ans.  Au contraire, c’est vous qui avez fait de moi un Alsacien.  Ce qui me manquera, je crois, c’est justement le sentiment d’avoir un deuxième père, un conseiller sage et expérimenté dans le pays qui est devenu mon deuxième chez moi.  Mais ceci dit, L’Alsace ¾ et surtout ce charmant endroit de Milletbergheim ¾  sera toujours votre chez vous, sera toujours votre terrain et territoire.  C’est un territoire bénit, et je vous remercie de tout mon coeur de m’y avoir acceuilli.

 

Jim